Historique

Par , 20/12/2009

Niederschaeffolsheim à travers les siècles

La préhistoire

Le néolithique

L’exploitation du loess en Alsace a permis de recueillir des outils taillés par la main de l’homme ; les plus anciens sont vieux de 600 000 ans et correspondent au paléolithique inférieur.
Si la présence de l’homme en Alsace est attestée depuis cette époque, sa présence à Niederschaeffolsheim n’est avérée que depuis le néolithique (4500 à 2000 av. J.-C.) par la découverte de haches de pierre conservées au Musée Historique de Haguenau.
On dénombre 33 pièces façonnées et polies dans des roches d’origine alpestre vraisemblablement un galet ramassé dans le lit du Rhin. La plus lourde pèse 425 gr et mesure 172x56x25 mm et la plus légère pèse 40 gr et mesure 50x31x19 mm. On connaît le lieu de découverte de quelques unes d’entre elles dans les lieux-dits suivants du ban communal : Kuhweid, Waldfeld, Zwanzigackern, Heiligestücke, in den Spangen.
Elles ont été fabriquées par des groupes d’hommes appartenant à la civilisation à poterie rubanée (4500 à 3000 av. J.-C.) et à poterie poinçonnée (3000 à 2000 av. J.-C.). Les haches de pierre les plus nombreuses, découvertes à Niederschaeffolsheim, appartiennent au rubané. Les hommes de la civilisation du rubané sont originaires du bassin du Danube et sont venus coloniser les terrasses de loess en apportant avec eux la hache en pierre polie et les premiers rudiments de l’agriculture et de l’élevage.
Parmi la collection de haches de pierre du Musée Historique, celle ramassée sur le ban de Niederschaeffolsheim constitue une des plus importantes avec celle de Gries (33), Weitbruch (35), Wintershoue (30), Batzendorf (19). Cette densité de haches, trouvées sur le ban de la commune, pourrait signifier qu’à l’époque néolithique, Niederschaeffolsheim constituait déjà un regroupement d’habitation, voire même un véritable village.

L’âge du bronze

L’âge du bronze est représenté à Niederschaeffolsheim par la période du chalcolithique (2200 à 1800 av. J.-C.). Une hache-marteau, dite hache de combat, a été découverte sur le ban. Elle pourrait avoir été fabriquée par les premiers indo-européens arrivés en Alsace aux alentours de 2000 av. J.-C.

L’époque romaine

Un établissement romain a été localisé au lieu-dit Seeweilerthal, à cheval sur le ban de Niederschaeffolosheim et Kriegsheim. Ce site de 1000 m2 est matérialisé en surface par des moellons calcaires, des fragments de tuiles, des fragments de torchis et de la céramique grossière.

Seeweilerthal

Seeweilerthal


La toponymie du lieu corrobore l’existence de ce site romain. Le lieu-dit Seeweilerthal est une petite dépression naturelle (Thal) qui sépare Kriegsheim de Niederschaeffolsheim, parcourue par un ruisseau (See du viel haut-allemand Sêwan immobile, stagner) et dont le terme allemand -weiler comme –willer dérive du bas-latin villaris, villare, une subdivision habitée de la villa qui est un grand domaine foncier gallo-romain de plusieurs hectares.

Cet établissement est situé sur la voie romaine reliant Brocomagus, capitale administrative de la tribu celtique des Triboques, l’ actuelle ville de Brumath, à Woerth dans le nord de l’Alsace.

Le Moyen Age

Les Mérovigiens et Carolingiens n’ont pas laissé de traces de leur passage à Niederschaeffolsheim.

Origine du nom

Il faudra attendre 1210 pour que soit mentionné pour la première fois le nom de Niederschaeffolsheim sous la forme de Skaftolfesheim. Deux explications de ce terme sont possibles.
La première est « la demeure de Skaftold » à partir du suffixe -heim précédé du nom d’homme germanique Skaftold. L’autre explication viendrait d’une racine paléo-européenne signifiant creusement qui a donné le latin scaphium et l’allemand das Schaff signifiant le fût, le récipient, la jatte, l’écuelle et qui serait donc le paronyme de l’allemand das Schaf le mouton, la brebis. Cette explication toponymique serait en concordance avec la topographie du village. Voir chap Milieu naturel § Topographie de Niederschaeffolsheim et son environnement.

Niederschaeffolsheim village d’empire

A cette époque le village faisait parti, avec ceux de Batzendorf, Bernolsheim, Hochstett, Berstsheim, Kriegsheim, Rottelsheim, Wintershouse et Wahlenheim, du baillage impérial de Haguenau. Haguenau est alors ville immédiate d’empire, administrée directement par l’empereur par l’intermédiaire du Landvogt ou bailli. La ville de Haguenau est le siège d’un palais construit par Frédéric Ier Barberousse, une des résidences préférées des souverains de cette dynastie.
Batzendorf devient alors le siège d’une prévôté avec ses neuf villages dont l’histoire sera intimement liée à celle de Haguenau. Ces villages sont administrés par les sires de Batzendorf jusqu’à l’extinction de cette famille. Cette charge ne conférait point la noblesse et devait revenir obligatoirement à un paysan. Le dernier des sires de Batzendorf, Anselme, décéda sans descendance en 1355. Comme l’un des prévôts, sires de Batzendorf, avait épousé une Fleckenstein, le baillage échu aux sires de Fleckenstein à la mort d’Anselme.
En 1273 la couronne impériale passa aux Habsbourg.
En 1353 fût créée la Décapole. Celle-ci regroupait dix villes d’Alsace à l’exception de Strasbourg et signèrent un pacte d’assistance mutuelle. La chancellerie de la Décapole est à Haguenau, actuel musée alsacien. En 1391 Niederschaeffolsheim ainsi que les villages aux alentours furent incendiés par les Fleckenstein lors de la guerre qui les opposait à Rodolphe, abbé de Murbach, évêque de Strasbourg et Landvogt d’Alsace. L’histoire nous dit que les troupes du seigneur de Fleckenstein entrèrent dans les villages d’empire de Niederschaeffolsheim, Batzendorf et Wintershouse au moment de la moisson et incendièrent presque toute les maisons.

En cette fin du Moyen Age d’autres fléaux frappèrent l’Alsace et affectèrent certainement les villages du baillage de Haguenau. Ainsi la peste noire, catastrophe européenne, atteint l’Alsace au printemps 1349 et décime la population.

La Guerre de Cent ans, qui ravage le royaume de France avec les Grandes Compagnies, déferle sur l’Alsace et dévaste la campagne en 1363, 1375 et 1439.

Le XVIe siècle et la Guerre des Paysans

Prêchée en Allemagne par Luther à partir de 1517, la réforme religieuse atteint l’Alsace et se répand rapidement. L’introduction de la nouvelle doctrine n’eut que peu de succès à Haguenau. Ainsi les villages du baillage de Haguenau sont tous restés dans le giron de la foi catholique en raison de l’application du principe « Cujus regio, ejus religio » ou tel roi telle religion ce qui sigifie que c’est le seigneur qui dicte l’utilisation de la religion.
Sur fond de fluctuation de prix des céréales, de pression fiscale et de tracasserie seigneuriale, éclate en 1525 un soulèvement de la population rurale connue sous le nom de Guerre des Paysans, Guerre des Rustauds ou encore Bundschuhkrieg car leur emblème était le soulier à lacet, Bundschuh, contrairement aux nobles qui portaient des bottes. Le soulèvement général se produisit le lundi de Pâques 1525. Du nord au sud de l’Alsace 30 à 40 000 se mobilisèrent et s’organisèrent en sept bandes. Appelé à la rescousse par les seigneurs alsaciens, le duc de Lorraine avec une forte armée pénètre en Alsace par le col de Saverne et assiège la ville où se sont regroupés 20 000 paysans. Pour dégager Saverne assiégé par les Lorrains, 4000 hommes furent recrutés dans le baillage de Haguenau parmi eux des recrues de Niederschaeffolsheim. Saverne n’a pu être dégagé, les paysans furent massacrés à Lupstein le 16 mai par l’armée du duc. Ce fut le printemps de la révolte des paysans.

La Guerre de Trente Ans

En 1618 éclate en Bohême un conflit entre catholiques et protestants connu sous le nom de Guerre de Trente Ans. Il s’étend rapidement à tout l’Empire et atteint l’Alsace en 1621. Il ne s’agit pas d’une guerre au sens militaire du terme avec des batailles rangées mais une succession, dans le temps, de pillage, d’incendie, de destruction des villages autour des villes avec son cortège de viols et de morts.C’était la terreur et la misère dans la campagne.
La première a inauguré ce carroussel apocalytique fut l’armée du général comte de Mansfeld qui se présente le 20 novembre de la même année devant Haguenau dont il fit le siège. Il s’installa dans les villages du baillage de Haguenau, dont Niederschaeffolsheim, qui devait lui fournir le ravitaillement en vivres et bêtes de somme.
A son tour l’archvèque-évèque de Strasbourg, poursuivant l’armée de Mansfeld, envahit la Basse Alsace et mis le siège devant Haguenau avec son corollaire de vol, de pillages, de meurtres et d’incendies des villages du baillage impérial de Haguenau.
Les troupes du comte de Mansfeld parties en 1622, ce fut au tour de l’armée suédoise du roi Gustave Adolphe de ravager l’Alsace à partir de 1632. Haguenau fut prise par les Suédois le 21 décembre pour être libérée en janvier 1633 par l’armée de l’archvèque-évèque de Strasbourg commandée par le comte de Salm. La campagne avec les villages du baillage fut une nouvelle ravagée. En 1634, l’armée suédoise quitte l’Alsace mais leur souvenir demeure fortement enraciné dans la mémoire orale. Ne disait-on pas jusqu’à récemment encore « de Schwed kummt« , « le suédois vient » pour faire peur aux enfants grincheux.
Alliées des suédois, les troupes du roi de France Louis XIII appelé par le comte de Salm, avoué de l’évêque de Strasbourg, remplacent les troupes suédoises en 1635. Entre 1635 et 1639, l’Alsace sert de lieu de passage aux différentes armées françaises et impériales avec leur cortège de désolation dans la campagne. Entre temps des bandes organisées, formées de déserteurs suédois, de mercenaires démobilisés, aussi terribles les unes que les autres parcourent l’Alsace pillant, tuant la population et incendiant les villages. Pour couronner le tout, la peste fit son apparition dans une population affaiblie par la famine. Les terres n’étaient plus cultivées. Les champs sont en friche, envahis par la broussaille.
A partir de 1640, la guerre est terminée en Alsace. La population de Niederschaeffolsheim comme les autres villages du baillage de Haguenau avait pratiquement disparu. En 1648 sont signés les Traités de Westphalie. Le roi de France Louis XIV obtient les droits et les possessions des Habsbourg en Alsace, le titre de Landgrave des Landgraviats de Basse et de Haute Alsace, appellation des circonscriptions qui ont succédé à partir du XIIe aux anciens comtés carolingiens, et, la landvogtei ou baillage de Haguenau et de là la protection de la Décapole. Or il s’avère que les droits et les pouvoirs du Landgrave et du Landvogt n’ont jamais été précisés par écrit ce qui sera à l’origine des difficultés d’interprétation de ces traités et des conflits entre la France et l’Allemagne au XIXe et XXe siècle.
Ainsi en cédant ses droits et ses territoires à la couronne de France que l’empereur Ferdinand III de Habsbourg possèdent en Alsace, le baillage de Haguenau avec ses villages dont Niederschaeffolsheim passe de la couronne impériale du Saint Empire romain Germanique à la couronne de France.

Au sortir de cette Guerre de Trente Ans, le village est détruit, vidé de ses habitants, le ban communal se trouve en friche. L’administration française et les autorités seigneuriales entreprennent alors une politique de repeuplement. Par édit royal de 1662, Louis XIV, roi de France, offre la propriété des biens vacants, l’exemption d’impôts pendant six ans et l’attribution gratuite de bois de chauffage et construction pendant six ans. L’Alsace se repeuple de suisses, de bavarois, de souabes, de tyroliens, comme les Deppen représentés dans notre commune, de francophones, en plus petit nombre, venant du nord et du nord-est du royaume de France comme les Lanoix et Rollet représentés dans notre commune.

Carte Mercator 1630

Carte Mercator 1630


La guerre de Hollande

Avec la fin de la Guerre de Trente Ans, le baillage de Haguenau ne connaît qu’un calme relatif. A partir de 1672 et jusqu’en 1678, l’Alsace connaît de nouveau la misère avec la guerre de Hollande qui oppose le roi de France à la Hollande et ses alliés : l’Empire, l’Espagne et le duc de Lorraine. A défaut d’intendance les armées vivaient alors sur le pays en exigeant vivres et fourrages des campagnes. Des paysans du baillage de Haguenau ont été réquisitionnés avec chariots et attelages pour le transport des biens de l’armée. De peur que les Impériaux ne s’installent dans la ville de Haguenau, les remparts sont rasés en 1677 et ses habitants obligés de s’enfuir dans les villages du baillage.

Niederschaeffolsheim. Carte de Cassini de 1760

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La Révolution

Un édit royal de 1787 avait crée dans les provinces du royaume une assemblée régionale avec pour mission de se pencher sur les problèmes régionaux. Une des mesures de cette assemblée fut la division de l’Alsace en six districts dont le district de Haguenau. Niederschaeffolsheim faisait parti avec 35 autres villages dont Batzendorf, Wahlenheim, Berstheim du district de Haguenau.
Pour la convocation des Etats Généraux du Royaume en mai 1798 à Versailles, le district de Haguenau avait élu six députés. Les députés étaient porteurs de cahiers de doléances demandant la diminution des charges et redevances royales, seigneuriales et ecclésiastiques et le maintien du pouvoir royal.
Le 2 novembre 1798 les biens de l’Eglise sont mis sous séquestre et vendus. Ce sont surtout les riches citadins qui se portèrent acquéreurs.
La même année fut créé le département du Bas-Rhin avec son découpage en quatre districts dont Haguenau et sa subdivision en canton. Le canton de Haguenau se compose de Haguenau, Batzendorf, Berstheim, Dauendorf, Hochstett, Kaltenhouse, Morschwiller, Niederschaeffolsheim, Ohlungen, Schweighouse, Uhlwiller, Wintershouse et Wittersheim.
La Constitution civile du clergé imposa aux prêtres de prêter serment. 92% des prêtres refusèrent de le prêter.
En 1792 la guerre est déclarée entre la France de Louis XVI d’une part, l’Autriche et la Prusse d’autre part. En octobre 1793 l’armée autrichienne de Wurmser et prussienne de Brunswick aux quelles s’est jointe l’armée des émigrés français commandée par le prince de Condé envahissent le nord de l’Alsace. Haguenau fut perdu le 17. L’avancée austro prussienne oblige l’armée française devenue entre temps républicaine, l’Armée du Rhin, à se replier derrière la Zorn de Gambsheim jusqu’à Hochfelden tandis l’Armée de la Moselle occupait la région de Saverne. Fin novembre, une armée française mieux organisée au prix d’exécutions d’officiers jugés incompétents et par l’apport de renfort en hommes, armes et chevaux, commandée par le général Pichegru repassent à l’offensive en direction du nord de l’Alsace. Pichegru lance une attaque vers Haguenau. Dans un rapport de la division Michaud au Ministre de la Guerre du Comité de Salut Public à Paris le 14 décembre on signalait que « …nos troupes ont chassé les Autrichiens des hauteurs de Brumath..Les républicains les ont poursuivis jusqu’au-delà du petit bois qui se trouve entre Niederschaeffolsheim et Haguenau. Au passage du bois, on leur a pris un caisson de munitions… » Haguenau est délivré le 24 décembre. Le 26 du mois toute l’Alsace est évacuée par les austro-prussiens et elle restera préservée de toute opération militaire jusqu’en 1813.
La retraite austro-prussienne et de l’armée des émigrés de Condé va entrainé sur les routes vers le Palatinat ou le Pays de Bade entre 40 et 50 000 habitants des districts de Haguenau et Wissembourg.
Ces habitants fuyent les soldats de la République française. C’est la Grande Fuite des historiens de l’Alsace.
Ils fuyent en emportant sur leurs charettes leur mobilier, leur linge, leurs habits et en laissant leur maison et leur terre. Ils fuient parce qu’ils ont eu connaissance de la Terreur qui règne en France. Profondément croyante la population fuit surtout la persécution des prêtres réfractaires et l’anticléricalisme proféré par les révolutionnaires et les représentants en mission, comme Saint-Just, l’Archange de la Terreur. D’autres fuient parce qu’ils n’approuvent pas les idées propagées par cette révolution parisienne. Enfin, d’autres sont obligés de fuir parce qu’ils ont collaboré avec les troupes austro-prussiennes qui parlent la même langue qu’eux.
Les fuyards tombent de ce fait sous le coup de la loi contre l’émigration et sont inscrits sur la liste des émigrés.
Ainsi, il ne reste plus que deux familles à Niederschaeffolsheim et 40 habitants figurent sur la liste des émigrés dont le curé Jean Pierre Rauscher et Jean Georges Michel, père et fils, tisserand et maître d’école. Le retour des émigrés est souvent difficile et il faudra attendre la loi du 22 nivôse de l’an 3 (11 janvier 1795), sous le Consulat, qui autorise le retour des laboureurs et des ouvriers pouvant produire une attestation de 8 hommes, certifée par le conseil général de la commune et par le comité révolutionnaire. Le délai accordé pour le retour allant jusqu’au 1er germinal de l’an 3 (21 mars 1795), de nombreux fuyards de 1793 se pressèrent le long du Rhin dans l’espoir de rentrer à temps sur le territoire de la République.
Au printemps 1795, les émigrés pouvaient rentrer dans leur village, se faire rayer de la liste pour récupérer leurs biens.

A suivre…

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