L’appariteur

Par , 13/08/2009
L’appariteur

Un métier d’antan, l’appariteur

 

Au début du dernier siècle, il n’y avait à Niederschaeffolsheim, ni télé, ni radio. L’information circulait par le biais de quelques rares journaux. Mais encore fallait-il les avoir, se les procurer et puis n’ayons pas crainte de le dire, savoir les lire, car la lecture n’est pas alors la chose la mieux répandue en milieu rural.

Pour contourner tous ces obstacles et pour cependant assurer une transmission correcte et efficace de l’information, il existait dans chaque village, l’homme par qui les nouvelles arrivent : l’appariteur. En parler local on l’appelait dr Üsschaller, celui qui agite la clochette, ou encore « le Bod », ce terme venant de l’allemand « der Bote », le messager. L’étymologie du patronyme Weibel est issue de ces fonctions : Gemeindediener – Amsbote – Büttel…

Tous les anciens du village s’en souviennent et pour cause, tout le monde le connaissait et l’appelait familièrement par son prénom. C’était en quelque sorte, une des personnalités du village, en bon rang après le maire, le curé, l’instituteur et les conseillers municipaux. Il faut reconnaître que c’était l’homme de l’information « officielle », administrative et communale, celui par qui toute nouvelle transitait, dans un sens comme dans l’autre. Il était pour ainsi dire le trait d’union entre les édiles et les administrés du village ; Dès fois, il devait affronter les rouspéteurs inconditionnels, pour des choses même futiles… « du kanns rueij uf d’mairie ussrichte… ! ». Il savait tout, il connaissait tout le monde.

Pendant sa ronde qui le faisait s’arrêter aux différents points stratégiques du village, il apportait dans chaque rue et dans chaque maison, information, consigne et ordre. Il était coiffé d’un képi qui lui conférait l’autorité communale. A chaque arrêt, il prévenait les gens de son arrivée en agitant énergiquement une clochette à poignée, un silence impressionnant perceptible dans les alentours, qui dès fois était troublé par l’aboiement d’un chien.

Son message commençait par le rituel : « es wurd bekannt gemacht… ». La fin de la lecture des informations était annoncée par un coup de clochette succinct. Il annonçait par exemple le passage du ramoneur ou celui moins souhaité mais inévitable du percepteur. Son rôle consistait également à promouvoir les festivités locales et à inviter chaque habitant.

La vie moderne – car la voix de l’appariteur fut de plus en plus recouverte par le bruit de moteur des automobiles ou tracteurs qui passaient – eut raison de cette pratique originale et chaleureuse.

De nos jours, les informations officielles sont affichées à la mairie ou sont publiées par l’intermédiaire du journal régional ou le bulletin municipal.

Monsieur René Kreuther fut le dernier « Üsschaller » du village. Avec son départ en retraite en avril 1990, la fonction ne fut plus reconduite et disparut, ne laissant que son képi et sa clochette à poignée et … pas mal de nostalgie !

Les attributs de l’appariteur :

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le képi et la clochette

Le rôle de l’appariteur n’était en fait qu’une des attributions dévolues à un métier ancestral, celui de garde champêtre (dr Bangert) ou garde de police (dr Warter).

Homme respecté et surtout craint, le garde champêtre représentait l’autorité communale. Il était pendant des siècles, l’unique et seul employé de la commune, le gardien de la population villageoise en quelque sorte. Il veillait sur tout ou presque, il surveillait presque tout également. Sa polyvalence le rendait indispensable au bon fonctionnement matériel de la commune. Le garde champêtre assurait d’une certaine façon l’ordre et officiait comme représentant de la police communale.

Jadis, il fut longtemps nourri par les agriculteurs les plus imposés et logeait s’il le souhaitait dans le bâtiment du corps de garde (Wacht) et ancienne mairie, détruit en novembre 1944.

D’après les documents, les premiers gardes champêtres ou gardes de police étaient d’anciens soldats invalides à la suite des campagnes napoléoniennes, et qui assumaient ces fonctions pour arrondir les revenus substantiels de leur maigre rente.

Comme son homologue l’appariteur, la fonction de garde champêtre a disparu du paysage de notre village.

La liste établie en consultant les registres existants est obligatoirement incomplète ou certains documents dans les archives s’avèrent introuvables. Ils ont peut-être disparu à une époque ou leur consultation pouvait présenter un caractère compromettant.

Voici les éléments d’information qui ont pu être établis par ordre alphabétique de tous ces hommes (garde…) qui ont veillé sur la population et le patrimoine de Niederschaeffolsheim : maisons, champs, forêts et bétails.

ADAM Michel, forestier 1799 – ADAM Jean, garde forestier, + en 1820 (Kuppehans) – ADAM Laurent, garde champêtre 1830 – AFFOLTER Henri, garde du village/sergent de l’endroit 1810, + en 1821

BAUER André, veilleur de nuit 1885 – BERRY Michel, garde de nuit/messager de la commune 1805 – BREGER Nicolas, porcher 1855 (Sauclause)

CASPAR Antoine, garde champêtre 1856 – CLAUS Joseph, garde champêtre 1835 – CLAUS Joseph, garde de police 1854

DUCLOS Laurent, garde forestier, + en 1803

EBEL Pierre, garde de nuit 1835, + en 1844 – EBEL Nicolas, garde champêtre et veilleur de nuit 1918 (Wachterclausel)

FEGER Jacques, vacher-bouvier 1792 – FORTWENDEL Michel, garde champêtre 1819

GANGLOFF Joseph, garde de police 1835 – GANGLOFF Antoine, garde de police 1870 – GEBHART Nicolas, garde champêtre/garde forestier 1830 (Foerster’s) – GEBUS Michel, garde champêtre 1837 – GEBUS Antoine, garde de police 1848 (Fixe Michel) – GERARD Emile, agent de police/garde des champs/cantonnier 1934 – GOLLA André, appariteur 1888 – garde de police 1898 – garde de nuit 1900-1927 (Schmülle) – GOMMENGINGER Michel, garde champêtre 1837 – GOMMENGINGER Joseph, garde champêtre 1888 – GOMMENGINGER Antoine, garde champêtre 1920

HAAG Mathieu, 1835 (« est liquidé, vu que les délits ruraux se multiplient à l’infini sans être réprimés, qu’il importe de faire cesser cet état de choses… choisissent Michel GOMMENGINGER qui remplit les conditions »), décision du conseil municipal du 2 octobre 1837 – HAAG Joseph, garde champêtre 1851

KERN André, garde champêtre 1806 – KERN Jean, garde champêtre 1821 – KOEGER François, garde champêtre 1894 – KRAUTH Joseph, garde champêtre 1830 – KREUTHER René, garde champêtre/appariteur 1980-1990 (Benedickseppe)

LANG Antoine, garde champêtre 1806 – LANG André, garde de nuit 1849 – LANG Georges, garde de nuit 1854 (Wachterschnieder’s) – LANG Joseph, garde de police 1865 – LANG Michel, garde de police 1887 – LANOIX Jean, garde champêtre 1806 – LANOIX Auguste, cantonnier/garde champêtre 1960-1980 (Bauvies) – LATZER Jean, vacher/bouvier 1801 (Kuchlâtzer) – LAUTH Albert, garde champêtre 1883 (s’Ahne)- LIENHART Joseph, garde champêtre 1830

MARTZ David, forestier 1820 – MEYER Joseph, garde champêtre 1899 – MICHEL Ignace, appariteur (et maître d’école) 1847

NOE Pierre, vacher/bouvier 1798 – NOE Joseph, garde champêtre 1877

PFEIL Joseph, garde champêtre 1897

QUIRIN Jean-Baptiste, garde forestier 1813

RISCHMANN Antoine, garde forestier (maison située dans la forêt communale) 1814 – ROLLET Antoine, garde champêtre 1806 (Voltze) – ROLLET Jean, garde champêtre 1821 – ROLLET Michel, garde champêtre 1836

SCHNEIDER Sébastien, garde champêtre 1806 – SCHOPP Michel, garde forestier 1799 – STEINMETZ Antoine, garde champêtre 1846 – STELTZ Jean-Baptiste, garde de nuit 1844 – STEPHANE Jean, garde de village 1808 – STOESER Georges, invalide et garde de village, + en 1806 (Garde)

VIX Jean, garde de nuit/garde de police 1820, + en 1827 au corps de garde – VOGT Michel, garde champêtre 1798

WENDLING Michel, garde champêtre 1856 – WENDLING Charles, appariteur 1934 (Kannesewachter) – WENDLING Joseph, appariteur 1945 (fils de Charles) – WERNERT Joseph, garde champêtre 1864 – WINCKLER Jean, garde champêtre 1798

ZITVOGEL Jean, appariteur 1876

Le 6 mai 1853, le conseil municipal vote un crédit d’une somme de 160 francs pour l’achat de l’habillement, l’équipement et l’armement des gardes champêtres de notre commune (délibération du 06 mai 1853).

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